L’après-cancer du sein: un long fleuve pas si tranquille

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La prise en charge d’une personne atteinte de cancer est plurielle. Du diagnostic initial jusqu’au retour à la vie « courante », de nombreuses étapes vont se succéder ou se chevaucher intégrant toute une série de protagonistes dans un temps plus ou moins long afin de rendre cette période intense pour les patients la moins difficile possible.

Breast cancer survivorship: strategies for optimal care.Les patients et les aidants passent par différentes phases notamment:

  • Le diagnostic et le traitement
  • La surveillance du risque de récidive
  • La gestion des effets secondaires
  • L’impact psychologique du cancer
  • Le retour à une vie en « meilleure » santé.

L’après-cancer est un sujet de plus en plus important (c’est la thématique du 3ème Plan Cancer en France) car il est la conséquence heureuse des évolutions de la prise en charge du cancer dans sa globalité. Un nombre en constante augmentation de patientes d’une certaine manière, « tourne » la page du cancer pour se projeter vers une nouvelle vie.

Une session entière s’est déroulée sur le sujet avec un focus Cancer du sein. Le constat actuel (constat US) met en lumière l’absence de données permettant de valider tel ou tel modèle de prise en charge. Certains sont centrés sur un établissement de soins avec des consultations spécifiques après-cancer, d’autres font intervenir des professionnels de ville dans le cadre de programmes interdisciplinaires.

Une étude publiée en 2008 a montré qu’il n’y avait pas de différence sur le risque de récidive entre un suivi sous la responsabilité du spécialiste ou bien du MG.

Les orateurs ont fait des focus sur certains aspects de la vie après un cancer du sein:

  • La nutrition

En matière de régime alimentaire, beaucoup de confusions existent entre les facteurs de risque dans le cadre de la prévention primaire (éviter le cancer) et les facteurs de risque nutritionnels en prévention tertiaire (éviter la récidive). Quelques études ont abordé le sujet rapportant des résultats qui ne montrent aucun impact sur la survie: régimes riches en fibres, fruits et végétaux, régimes hypocaloriques (diminution des apports en graisse). Par contre une étude danoise publiée en 2011 montre que l’obésité (IMC>30 kg/m2) est un facteur de risque de récurrence. De même, une publication récente (2015) montre également qu’une prise de poids supérieure à 10% du poids initial augmente de risque de mortalité.

Différentes stratégies de régime ont été étudiées à partir de 15 études (mélangeant régime, activité physique, thérapie comportementale, conseil par téléphone ou sous forme de groupe, régime commercial, téléconférence en groupe dans le milieu rural). La perte de poids est > 5% dans 10 d’entre-elles. Cependant, le suivi à long-terme montre une reprise du poids quasi systématique. (étude ENERGY, LEAN).

L’analyse de la consommation d’alcool a également été réalisée à partir des femmes atteintes de cancer du sein de l’étude observationnelle Women’s health Initiative (n=1928 avec un suivi de 7.9 ans). Les résultats ne montrent aucun effet péjoratif de l’alcool sur le risque de récidive (publiés en 2016). En conclusion, l’activité physique adaptée et une perte de poids supérieure à 5% du poids initial ont démontré un bénéfice. A ce jour aucun régime « spécifique cancer du sein » n’est connu.

  • L’adhésion au traitement

50% d’inobservance à 5 ans (données US). Les facteurs prédictifs de non-adhérence:

  1. L’âge <45 et > 75 ans
  2. Les Récepteurs Hormonaux négatifs
  3. Le restant à charge
  4. Les EIs
  5. La situation maritale (célibataire), non caucasien
  6. La présence de comorbidités

Des solutions:

  1. Éduquer le patient sur le bénéfice/risque du traitement
  2. Être proactif sur les EIs
  3. Prioriser les attentes des patients
  • Gestion des bouffées de chaleur

Intérêt des thérapies comportementales comme la respiration, relaxation et activité physique. Absence de preuve au niveau d’une complémentation alimentaire.

  • Sécheresse vaginale
  1. Intérêt de la testostérone par voie vaginale
  2. Intérêt de la lidocaïne aqueuse 4% avant les rapports en cas de dyspareunie
  3. Faible dose d’estrogène 7.5 mcg/24h (anneau) ou bien 10 mcg/j en cp.
  4. DHEA à la dose de 6.5mg
  • Les troubles musculo-squelettiques
  1. Pas d’intérêt des AINS
  2. Switch IA
  3. Pas d’intérêt des oméga-3
  4. Intérêt de l’association glucosamine (1500mg)/chondroïtine (1200 mg)
  5. Intérêt de l’activité physique adaptée
  6. Intérêt de l’acupuncture
  7. Intérêt de la Vit D > 40 ng/ml (difficile à obtenir dans nos contrées)
  8. Intérêt de la duloxetine 60 mg/j pd 8 semaines
  • Risque d’ostéoporose et de fractures

Place des bisphosphonates dans la récidive du cancer du sein: des données encourageantes mais controversées qui n’ont pas de traduction dans les recommandations US et Europe.

Une session dense avec beaucoup de rappel.

JS

 

 

 

 

2016-06-08T11:05:43+02:00