Cancer et vieillissement: une accélération du phénomène

 

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Une session éducationnelle sur une thématique importante qui n’est pas sans rappeler les questions que les cliniciens se posaient il y a plusieurs années dans le domaine du VIH. Et c’est d’une certaine manière plutôt une bonne nouvelle que de se poser la question du vieillissement des patients suite au cancer. Cette idée de chronicisation de la maladie devient de plus en plus une réalité avec des résultats très variables en fonction de la localisation tumorale.

Cancer treatment as an accelerated aging process.

Dans le VIH, le double effet de la chronicité de la maladie (notamment la présence d’une inflammation de bas grade « chronique ») et de l’effet propre des traitements sur le long court accélère le vieillissement de près de 10 ans.

Trois intervenants se sont succédés pour présenter différents aspects notamment l’évaluation des fonctions cognitives fonctionnelles du patient âgé traité, l’existence de bio-marqueurs spécifiques et la place de l’activité physique adaptée.

L’incidence du cancer chez les sujets âgés ne cessent d’augmenter (>65 ans) et par conséquent, une proportion grandissante de patients vieillissent après une histoire de cancer. La question qui se pose est quel impact à long-terme des traitements et quid de l’effet de la prise en charge anticancéreuse sur les fonctions cognitives et fonctionnelles des patients. Les attentes des patients sont très claires : dans respectivement 88% et 74% des cas, les patients déclarent préférer mourir que de perdre leurs capacités cognitives ou leurs capacités fonctionnelles.

Plusieurs phénomènes sont impliqués dans le vieillissement :

  • Le vieillissement cellulaire
  • L’inflammation
  • Les dommages au niveau de l’ADN
  • Le stress oxydatif
  • Le raccourcissement des télomères

Les conséquences de ce vieillissement prématuré ne sont pas claires, ne sachant pas si cela passe par un déclin initial puis une cinétique parallèle à la population générale ou bien si c’est une détérioration continue dans le temps supérieure à la population générale.

Les données existantes émanent principalement de l’expérience pédiatrique.

Facteurs impactant les fonctions cognitives :

  • L’âge
  • L’état psychique
  • Les co-morbidités
  • Les critères socio-économiques
  • Les habitudes de vie
  • La génétique
  • Le cancer

A noter que, c’est au travers de l’expérience de jumeaux adultes dont l’un déclare un cancer que l’on a vu un déclin cognitif accéléré.

Cependant, il faut garder en mémoire une règle fondamentale, à savoir qu’un patient peut avoir des problèmes cognitifs, il sera capable de prendre une décision et il faudra la respecter.

Concernant les capacités fonctionnelles nous touchons à un sujet encore plus complexe qui intègre à la fois les activités de la vie courante et également celles qui permettent de rester autonome. Et l’on sait que la perte d’autonomie est un facteur péjoratif pour la survie des patients.

On parle également de fragilité du patient, notion qui implique de très nombreux mécanismes physiologiques.

De nombreux bio-marqueurs existent pour tenter d’évaluer ce phénomène de vieillissement notamment pour mesurer la sarcopénie (diminution progressive de la masse musculaire). Cela se traduit par une perte quantitative de muscle mais également par une modification qualitative, avec une perte de densité qui n’est pas forcément identifiable visuellement.

Le cancer a des conséquences directes et indirectes sur les capacités physiques des patients. Un des critères de mesure est la VO2max. La population générale perd environ 10% de VO2max tous les 10 ans. Les traitements peuvent accélérer ce processus notamment la chirurgie pulmonaire ou la transplantation de moelle osseuse. De nombreuses études ont testé l’effet de l’activité physique adaptée de fréquences et d’intensités variables;  dynamique ou en résistance. Tous ces facteurs ont leur importance car les études montrent des différences en fonction du type d’effort, de la variation d’intensité et du moment où l’activité est proposée par rapport aux traitements (résultats discutables au cours du traitement adjuvant). Malgré tout l’activité physique adaptée apporte un bénéfice significatif notamment sur la VO2max. La fréquence, l’intensité et le bon moment restent à mieux définir.

A pratique pour l’officinal

L’activité physique doit être adaptée en fonction de l’état général du patient. Il ne s’agit pas de sport puisqu’il n’y a pas de notion de compétition. L’intervention d’un éducateur médico-sportif (EMS) est nécessaire pour réaliser un bilan médico-sportif (BMS) qui va comprendre notamment les éléments suivants :

  • Un questionnaire de recueil d’information auprès du patient comprenant des renseignements généraux, des éléments sur le cancer (localisation, rémission, typologie des traitements, présence d’une chambre implantable), les effets secondaires ressentis, l’état physique général (fatigue, douleur, dyspnée), l’emploi, la pratique d’une activité sportive avant et pendant le parcours de soin.

La synthèse de ce recueil est présente dans un outil appelé le « Pass’ Bien-être » mis en place par les réseaux Sport Santé et Bien-être (RSSBE) dans les différentes régions pour servir de fiche de liaison.

  • La motivation à pratiquer une activité physique
  • Le niveau d’activité physique (questionnaire Ricci & Gagnon)
  • Evaluation de la condition physique du patient (test de marche de 6 minutes, test de souplesse, test de tonicité des membres inférieurs)

En fonction des résultats et des attentes du patient reçus lors du BMS, l’EMS peut avoir plusieurs propositions possibles pour orienter le patient :

  • Intégrer un créneau sport pour tous
  • Intégrer un créneau sport santé encadré par un Educateur Sportif Sport Santé (E3S) qui aura suivi une formation « Sport après cancer » (par exemple celle délivrée par la CAMI – association sport et cancer)
  • Intégrer un atelier passerelle encadré par un EMS. Différents objectifs pour cet atelier : améliorer la condition physique, réadapter le patient à l’effort, stimuler la confiance et l’estime de soi pour qu’il puisse aller in fine vers un créneau sport pour tous ou sport santé afin d’y pratiquer une APA. Normalement le patient se voit remettre un « Pass bien-être » qui lui permet de faire le lien entre les différents protagonistes (EMS, E3S et le médecin traitant). C’est le médecin traitant ou le médecin spécialiste qui peut établir le certificat médical de non contre-indication à la pratique de l’activité physique proposée dans le « Pass ». L’EMS envoie un courrier au médecin traitant ou au médecin spécialiste pour lui spécifier le choix du patient dans sa reprise d’activité physique.

Le bénéfice de la pratique d’une activité physique adaptée par une personne atteinte du cancer n’est plus à démontrer. Cependant, elle doit se faire de manière encadrée afin d’éviter tout risque pour le patient.

En France, il n’existe malheureusement que trop peu de formations pour les E3S dans le domaine du cancer. En pratique, sur le terrain, on essaie de faire avec les moyens disponibles. Il existe notamment des structures qui proposent des programmes clés en main en lien avec les structures locales (exemple l’association Siel Bleu et en particulier l’expérience de l’Institut Curie, ou bien la plateforme V@SI…). Le nerf de la guerre reste l’obtention de financements. Des appels à projets sont lancés par les Agences Régionales de Santé, permettant ainsi de financer localement certains projets.

Nombreux sont les acteurs intervenant dans le sport-santé, ce qui vu de l’extérieur, peut rendre la lecture de l’offre sport-santé locale complexe à appréhender avec souvent un nombre limité de places.

Il est donc important pour nous, pharmacien, de recueillir auprès de l’ARS ou bien du RSSBE les informations nécessaires pour orienter et intéresser les patients à la pratique d’une activité physique. Le dernier mot revient au médecin généraliste ou au médecin spécialiste et passe par la délivrance d’une ordonnance de non contre-indication à l’activité physique. (Compte rendu ASCO 2013)

JS

2016-06-06T19:50:33+02:00